TCHAIKOVSKI : SYMPHONIE N°1 "REVES D'HIVER"

J’ai toujours eu une affection particulière pour la mal-aimée et méconnue 1ere symphonie de Tchaikovski, intitulée “Rêves d'hiver“. Parce qu’elle nous raconte la Russie éternelle, fantasmée peut-être, immense et tragique à la fois.

Elle est au programme du dernier concert de l’année, ce soir, de l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège. Nous lui avons consacré une séance d’Ecouter la Musique mercredi dernier, en compagnie du chef d’orchestre Christoph Campestrini, de notre chère Tatiana Samouil, qui sait de quoi on parle quand on évoque les paysages de l’hiver russe, et de Jean-Marc Onkelinx.

Il est toujours malaisé de faire une sélection parmi la multitude de versions disponibles, je m’étais limité, pour l’occasion, à des chefs russes, même si un incident technique nous a finalement empêché d’écouter la dernière version en date, celle de Valery Gergiev avec l’orchestre symphonique de Londres.

Pas trop de regret à avoir, ces trois premières symphonies n’étant vraiment pas du meilleur Gergiev, pas d’élan, peu de poésie, et une sécheresse rédhibitoire de la prise de son.

En revanche, pas de surprise quant à la version sortie première haut la main de cette écoute comparée (toujours anonyme) : il n’est pas une tribune, pas une émission, sur les symphonies de Tchaikovski en général, dont Mariss Jansons et l’OrchestrePhilharmonique d’Oslo ne soient les grands vainqueurs depuis la parution de leur intégrale chez Chandos à la fin des années 1990. Tout y est décidément, la qualité purement orchestrale, l’esprit de ces partitions, la beauté de la prise de son…

 

L’autre bonne surprise c’est une version un peu oubliée, d’un chef dont personne n’a songé à célébrer le centenaire, Igor Markevitch, né à Kiev en 1912, des symphonies de Tchaikovski au burin, plus “stravinskiennes” que nature, et pourtant poétiques et rêveuses, enregistrées dans les années 60 avec un orchestre symphonique de Londres pas toujours très en place. Intégrale parue jadis chezPhilips, heureusement republiée récemment par Newton Classics.

 

Autre grand chef russe, lui toujours en activité – qui a comblé le public et la critique du Théâtre des Champs-Elysées il y a un mois avec “son” orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg – Yuri Temirkanov. Une belle intégrale, là encore réalisée à Londres, avec le Royal Philharmonic Orchestra. 

Vision très controversée, intrigante, d’un très grand pianiste qui ne convainc pas tout le monde comme chef d’orchestre, celle deMikhail Pletnev et de son Orchestre national de Russie.

Grande déception en revanche pour Rostropovitch, très inégal, souvent relâché, dans une intégrale sans doute réalisée un peu trop rapidement toujours à Londres dans les années 70.

Commentaires

  • C'est la première fois que mon emploi du temps me permettait d'assister à cette séance d'écoute critique de disques. L'exercice est intéressant surtout agrémenté des commentaires des trois connaisseurs présents. Il n'est cependant pas décisif. J'ai écouté tranquillement et complètement les versions Janssons, Markevitch, Karajan et Pletnev. Je ne vais pas nier les grandes qualités de la version Janssons mais celle qui me "touche" le plus c'est celle de Pletnev. Il se dégage de sa version un climat fantomatique, profondément désespéré. Même le 3e mouvement est très peu "giocoso" mais doit-il l'être? Ne s'agit-il pas de cette joie "forcée" grinçante qu'on entend souvent dans d'autres musiques russes? Au-delà de ce débat, j'ai trouvé Pletnev à la fois troublant et boulversant.

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